Mise à jour du samedi 20 décembre 2025

L'actu utile, décryptée.

980 articles en ligne

ActuPeople

Le magazine des sujets qui font votre quotidien

09 Argent & Business Décryptage

Loi Lemoine : son vrai impact sur l’assurance emprunteur

La loi Lemoine n’est pas une réforme de l’hôpital ni de l’Assurance maladie. Elle change les règles de l’assurance emprunteur, avec des effets indirects sur l’usage des données de santé et l’accès au crédit immobilier.

Par La rédaction d’Actu People Publié le 11 min de lecture 2 395 mots

Couple examinant une offre de prêt immobilier et documents d’assurance
L’assurance emprunteur peut être changée à tout moment.
Sommaire de l’article

L’essentiel

  • La loi Lemoine concerne l’assurance emprunteur des crédits immobiliers, et non l’organisation des soins ou les remboursements santé.
  • Depuis 2022, un emprunteur peut résilier son assurance de prêt à tout moment, sans frais, sous réserve d’équivalence des garanties.
  • Le questionnaire médical disparaît seulement pour certains prêts d’habitation ou mixtes, selon l’encours assuré et l’âge de fin du crédit.
  • Le droit à l’oubli est ramené à cinq ans pour les cancers et l’hépatite C, sous conditions, lorsqu’un questionnaire est demandé.
  • L’effet sur la santé est indirect : moins d’informations médicales peuvent être demandées dans une partie du marché de l’assurance emprunteur.

Une loi d’assurance, pas de santé publique

La loi Lemoine ne transforme ni les hôpitaux, ni l’Assurance maladie, ni les complémentaires santé. Elle modifie l’assurance emprunteur des crédits immobiliers : résiliation à tout moment, accès facilité sans questionnaire de santé dans des cas précis et droit à l’oubli raccourci. Son impact sur le secteur de la santé est donc indirect : elle encadre surtout l’utilisation des informations de santé par les assureurs pour accorder une garantie de prêt.

  • Crédit immobilier — la loi vise les garanties associées à un financement immobilier, pas les dépenses de soins courantes.
  • Assurance de prêt — elle concerne le contrat souscrit pour sécuriser le remboursement du prêteur et de l’emprunteur.
  • Données de santé — elles peuvent ne plus être demandées lorsque les conditions légales de dispense sont réunies.
  • Accès au logement — l’effet concret recherché est de réduire certains freins à l’emprunt pour des personnes ayant ou ayant eu un problème de santé.

Les changements concrets pour les emprunteurs

La loi du 28 février 2022 a installé un principe simple, pleinement applicable en 2026 : vous pouvez changer d’assurance emprunteur à tout moment pendant votre crédit immobilier. Cette faculté vaut aussi pour les contrats déjà en cours. La banque ne peut pas facturer de frais de substitution ni modifier les conditions de votre prêt parce que vous choisissez une autre assurance, si le nouveau contrat présente un niveau de garanties équivalent.

Ce que la loi Lemoine permet lors d’un changement d’assurance emprunteur
Point contrôléRègle applicable en 2026Conséquence pratique
RésiliationPossible à tout moment, sans fraisVous n’attendez plus une date anniversaire pour comparer votre contrat.
GarantiesLe nouveau contrat doit être au moins équivalent aux exigences du prêteurUn prix plus bas ne suffit pas si une garantie exigée manque ou est moins protectrice.
Réponse de la banqueAu plus tard dans les 10 jours ouvrés après un dossier completUn refus doit être écrit et expliquer les garanties jugées insuffisantes.
Prêt immobilierLes conditions du crédit ne peuvent pas être modifiées à cause de la substitution acceptéeLe taux du prêt et les clauses de financement ne doivent pas être renégociés contre votre gré.

Les délais et l’absence de frais relèvent des règles applicables à la substitution d’assurance emprunteur. Conservez une preuve datée de chaque envoi.

Questionnaire médical : les deux conditions

La suppression du questionnaire de santé n’est ni générale ni automatique pour tous les crédits. Elle s’applique aux assurances garantissant un prêt immobilier à usage d’habitation ou mixte, professionnel et habitation, lorsque deux conditions sont réunies : la part assurée sur l’encours cumulé des contrats de crédit ne dépasse pas 200 000 euros par assuré, et l’échéance de remboursement contractuellement prévue intervient avant son 60e anniversaire. Si ces critères sont remplis, l’assureur ne peut demander ni information sur l’état de santé ni examen médical.

Le prix du logement n’est donc pas le bon repère. Il faut regarder la part assurée de l’encours cumulé des crédits de la personne concernée, et non simplement le capital emprunté au départ. Un ancien prêt largement remboursé ne pèse pas comme son montant initial ; à l’inverse, plusieurs crédits encore en cours peuvent faire dépasser le plafond. Avec un coemprunteur, l’analyse se fait par assuré selon sa quotité d’assurance et sa part d’encours.

Exemples simplifiés pour comprendre le plafond de 200 000 euros
Situation à la souscriptionPart assurée sur l’encours cumuléDispense possible ?
Un emprunteur, encours assuré de 180 000 €, fin du prêt avant 60 ans180 000 €Oui, si le prêt est à usage d’habitation ou mixte.
Deux coemprunteurs assurés chacun à 50 % sur un encours de 350 000 €, fin avant 60 ans175 000 € par assuréOui pour chacun, si les autres conditions sont remplies.
Un prêt ancien restant assuré à 30 000 € et un nouveau prêt avec 180 000 € assurés, fin avant 60 ans210 000 €Non : le cumul dépasse le plafond par assuré.
Un encours assuré de 150 000 € mais un remboursement prévu après le 60e anniversaire150 000 €Non : la condition d’âge n’est pas remplie.

Exemples pédagogiques. La quotité, les encours réellement assurés et les dates contractuelles doivent être vérifiés dans les offres de prêt et d’assurance.

Ce que la loi change pour la santé

Lorsque la dispense s’applique, la conséquence est nette : une personne n’a pas à détailler ses antécédents, ses traitements, une hospitalisation ou une maladie chronique pour cette assurance de prêt. L’assureur ne peut pas contourner l’interdiction en exigeant un examen médical. Cela réduit l’exposition de données de santé dans ce segment précis du crédit immobilier, mais ne crée aucun nouveau droit au remboursement de soins et ne modifie pas le parcours médical.

Avec ou sans questionnaire de santé

Le régime applicable dépend des critères du prêt et de l’assuré, pas du seul souhait de l’emprunteur.

Option A

Dispense de questionnaire

Les deux conditions légales sont réunies

Ce qui plaide pour

  • Aucune information médicale ni examen médical à fournir
  • Pas de sélection fondée sur un antécédent de santé déclaré
  • Démarche d’assurance généralement plus simple

Ce qui limite

  • Réservée aux prêts immobiliers d’habitation ou mixtes répondant aux seuils
  • Ne garantit pas que chaque tarif proposé sera le plus compétitif
  • N’efface pas les garanties et exclusions générales du contrat

Option B

Questionnaire possible

Au moins une condition de dispense manque

Ce qui plaide pour

  • Des garanties peuvent rester accessibles selon le profil et le contrat
  • Le droit à l’oubli et la convention AERAS peuvent protéger certains emprunteurs
  • Une comparaison de plusieurs offres reste possible

Ce qui limite

  • L’assureur peut demander des informations médicales licites
  • Une surprime, une exclusion ou un refus restent possibles selon l’évaluation
  • Les formalités peuvent prendre davantage de temps

Notre arbitrage Si vous remplissez les critères de dispense, ne fournissez pas spontanément de données de santé : l’assureur ne doit pas les demander. Dans les autres cas, répondez avec exactitude au questionnaire demandé et examinez les mécanismes AERAS si votre état de santé complique l’assurance.

La loi Lemoine a aussi réduit de dix à cinq ans le délai du droit à l’oubli pour les personnes ayant eu un cancer ou une hépatite C. Lorsqu’un questionnaire médical est légalement demandé, la pathologie n’a pas à être déclarée cinq ans après la fin du protocole thérapeutique, en l’absence de rechute. La date pertinente est médicale et personnelle : en cas de doute, demandez au médecin qui vous suit de confirmer les éléments utiles, sans lui demander un avis sur l’acceptation par l’assureur.

Changer d’assurance sans fragiliser son prêt

La résiliation à tout moment est un droit, mais changer trop vite peut être coûteux si les garanties sont moins protectrices. Le bon réflexe consiste à mettre en concurrence des contrats comparables et à ne jamais interrompre l’ancienne couverture avant l’acceptation de la nouvelle. Une différence de cotisation peut être intéressante sur plusieurs années, mais elle doit être appréciée face aux franchises, aux exclusions liées au métier et à la couverture de l’incapacité ou de l’invalidité.

La méthode sûre en cinq étapes

  1. Rassembler les documents

    Réunissez l’offre de prêt, le tableau d’amortissement, le contrat d’assurance actuel et la fiche des garanties exigées par la banque. Relevez votre quotité et la durée restante du crédit.

  2. Demander des devis comparables

    Sollicitez des propositions sur la même quotité et les mêmes garanties exigées. Demandez le coût total prévisionnel, les mensualités, les franchises, les exclusions et les éventuelles formalités médicales.

  3. Contrôler l’équivalence

    Vérifiez point par point les garanties décès, perte totale et irréversible d’autonomie, invalidité et incapacité lorsque la banque les exige. Portez une attention particulière aux définitions contractuelles.

  4. Déposer la substitution

    Transmettez la demande selon la procédure indiquée par le nouvel assureur et le prêteur. Conservez les documents envoyés, leur date de réception et la décision écrite de la banque.

  5. Vérifier la prise d’effet

    Attendez l’accord du prêteur et la date effective de la nouvelle adhésion avant toute résiliation de l’ancien contrat. Contrôlez ensuite l’avenant au prêt et le premier prélèvement.

Un effet indirect sur le secteur santé

Parler d’« impact de la loi Lemoine sur la santé » peut prêter à confusion. La loi ne finance pas les établissements de soins, ne fixe pas les tarifs médicaux, ne réorganise pas les déserts médicaux et ne modifie pas les remboursements de la Sécurité sociale. Elle touche plutôt la frontière entre santé et finance : les informations médicales peuvent moins souvent être utilisées pour sélectionner ou tarifer un risque d’assurance emprunteur dans les dossiers qui bénéficient de la dispense.

  • Système de soins — aucun changement direct pour les hôpitaux, médecins, pharmacies ou remboursements de l’Assurance maladie.
  • Assureurs emprunteur — leurs procédures d’acceptation évoluent pour les dossiers sans questionnaire médical.
  • Personnes concernées — certains anciens malades ou emprunteurs avec une pathologie peuvent rencontrer moins de formalités pour un projet éligible.
  • Accès au crédit — la mesure peut lever un obstacle à l’achat immobilier, sans garantir l’accord du crédit par la banque.
  • Prix de l’assurance — aucune règle ne permet d’affirmer que les cotisations baissent ou montent pour tous : le résultat dépend du contrat, du marché et du profil non médical autorisé.

Réduire l’usage des données de santé ne revient pas à réformer l’organisation des soins.

Les vérifications avant de signer

L’assurance emprunteur se situe au croisement du droit du crédit, du contrat d’assurance et de la situation de santé. Une simulation en ligne ou une phrase commerciale ne suffit donc pas à trancher. Pour un projet complexe, une affection de longue durée, un crédit avec plusieurs coemprunteurs ou plusieurs prêts en cours, faites relire les garanties et le calcul d’encours par un professionnel compétent avant de signer ou de résilier.

Votre contrôle avant toute démarche

  • J’ai identifié l’usage d’habitation ou mixte du prêt immobilier concerné.
  • J’ai calculé la part assurée de l’encours cumulé de mes crédits, et non leurs montants initiaux.
  • J’ai vérifié que la date de fin contractuelle du prêt intervient avant mon 60e anniversaire si je demande la dispense.
  • J’ai contrôlé ma quotité d’assurance et celle de chaque coemprunteur.
  • J’ai comparé les garanties exigées par la banque, les franchises et les exclusions du nouveau contrat.
  • J’ai obtenu une décision écrite du prêteur avant l’arrêt de l’ancienne assurance.
  • J’ai envisagé le droit à l’oubli ou la convention AERAS si un questionnaire médical reste nécessaire.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la loi Lemoine en assurance emprunteur ?
La loi Lemoine, adoptée en 2022, a modifié l’assurance emprunteur liée aux crédits immobiliers. Elle permet de résilier cette assurance à tout moment et sans frais, à condition de proposer un niveau de garanties équivalent à celui exigé par la banque. Elle supprime aussi le questionnaire de santé pour certains prêts immobiliers répondant à des conditions strictes d’encours assuré et d’âge de fin de remboursement.
Puis-je résilier mon assurance de prêt à tout moment avec la loi Lemoine ?
Oui. En 2026, vous pouvez demander le changement de votre assurance emprunteur à tout moment, y compris pour un prêt déjà signé. La banque doit accepter le nouveau contrat si ses garanties sont équivalentes à celles qu’elle exige, ou expliquer précisément son refus. Elle ne peut pas prélever de frais de résiliation ou de substitution ni modifier les conditions de votre crédit en cas d’acceptation.
Quel est le plafond de la loi Lemoine pour ne pas remplir de questionnaire de santé ?
Le plafond est de 200 000 euros par assuré sur la part assurée de l’encours cumulé des contrats de crédit. Il ne s’agit ni du prix du bien ni du montant initial de chaque prêt. Il faut aussi que l’échéance de remboursement prévue au contrat intervienne avant le 60e anniversaire de l’assuré, et que le prêt immobilier soit à usage d’habitation ou mixte.
La loi Lemoine concerne-t-elle la mutuelle et les remboursements santé ?
Non. La loi Lemoine ne modifie pas les remboursements de l’Assurance maladie, les garanties d’une mutuelle, l’accès aux médecins ou l’organisation des établissements de santé. Son lien avec la santé est limité à l’assurance emprunteur : dans certains dossiers, l’assureur ne peut plus demander d’informations médicales ni imposer d’examen de santé pour garantir un crédit immobilier.
Quel est le droit à l’oubli avec la loi Lemoine ?
Pour l’assurance emprunteur, le droit à l’oubli permet de ne pas déclarer un ancien cancer ou une hépatite C lorsque cinq ans se sont écoulés depuis la fin du protocole thérapeutique, sans rechute, si un questionnaire de santé est demandé. Cette règle n’exonère pas de répondre honnêtement aux autres questions valablement posées. En cas de situation médicale complexe, la convention AERAS peut également être pertinente.

Les lecteurs se demandent aussi

  • loi Lemoine questionnaire de santé 200 000 euros
  • résiliation assurance emprunteur à tout moment
  • loi Lemoine droit à l’oubli cancer cinq ans
  • comment calculer l’encours cumulé assurance emprunteur
  • équivalence de garanties assurance prêt immobilier
  • convention AERAS assurance emprunteur santé

Organismes de référence sur ce sujet

Sujets liés

À lire ensuite

D’autres guides d’Actu People sur des sujets voisins.

Toute la rubrique Argent