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Drones sous-marins et requins : ce qu’ils révèlent
ROV, AUV et capteurs embarqués permettent d’observer les requins sans les capturer, de relier leurs présences au milieu et de guider la protection. À condition de distinguer image, mesure acoustique et cartographie.
Sommaire de l’article
L’essentiel
- Les drones sous-marins collectent des images et mesures répétables là où plongeurs et navires accèdent difficilement.
- Un sonar multifaisceaux mesure le relief ; un sonar latéral produit surtout une image acoustique du fond.
- Une vidéo seule ne prouve pas qu’un lieu est une nurserie : des observations répétées sont nécessaires.
- Les véhicules réduisent certaines intrusions, mais leurs lumières, hélices et approches peuvent perturber les requins.
- En France, une mission doit respecter les règles du site, des espèces protégées et de la navigation maritime.
Les drones sous-marins et requins forment un duo utile à la recherche : ces engins observent des animaux et leur environnement sans imposer la capture, la pose d’une balise ou la présence prolongée d’un plongeur. Ils fournissent des vidéos, des images acoustiques et des mesures physiques horodatées, géoréférencées lorsque le système de positionnement le permet. Leur véritable intérêt n’est pas de « voir les grands fonds » à eux seuls, mais de relier la présence des requins à un relief, une température, un courant ou un type de fond précis.
Ce que les drones changent vraiment
Le terme « drone sous-marin » recouvre plusieurs outils. Le plus courant près des côtes est le ROV, piloté depuis un bateau ou le rivage et relié par un câble. Il permet de regarder immédiatement les images et de modifier la trajectoire. L’AUV, autonome, suit au contraire une mission programmée : il parcourt de plus grandes zones avec une trajectoire régulière, puis livre ses données à la récupération. Dans les deux cas, il complète les comptages par plongeurs, les balises électroniques, les campagnes de pêche scientifique et les caméras fixes ; il ne les rend pas inutiles.
ROV ou AUV : quel outil pour quel objectif ?
Le bon choix dépend surtout de la précision recherchée, de l’étendue de la zone et de la nécessité d’adapter la mission en direct.
Option A
ROV filaire
Observation pilotée en temps réel
Ce qui plaide pour
- Voir les images pendant la mission
- S’approcher lentement d’une structure identifiée
- Modifier immédiatement la route ou l’éclairage
- Récupérer le véhicule par le câble en cas d’incident
Ce qui limite
- Rayon d’action limité par le câble
- Maniabilité réduite par le courant et l’état de mer
- Présence du bateau souvent nécessaire
- Hélices, lumière et câble peuvent influencer l’animal
Option B
AUV autonome
Cartographie standardisée d’une zone
Ce qui plaide pour
- Trajectoires répétables entre deux campagnes
- Bonne couverture de secteurs étendus
- Capacité à embarquer plusieurs capteurs
- Moins de pilotage continu depuis la surface
Ce qui limite
- Pas de réaction immédiate face à un requin
- Préparation et récupération plus complexes
- Localisation et sécurité de mission exigeantes
- Coût et expertise généralement plus élevés
Notre arbitrage Choisissez un ROV pour documenter finement un récif, une épave ou une rencontre ciblée. Préférez un AUV pour comparer des transects répétés, par exemple avant et après une saison. Une équipe scientifique combine souvent les deux : l’AUV cartographie, le ROV vérifie visuellement les zones les plus intéressantes.
Les données utiles aux biologistes
Une séquence vidéo peut confirmer la présence d’un requin, aider à l’identification de l’espèce et montrer une interaction avec le fond, des poissons-proies ou des congénères. Des lasers parallèles ou une caméra stéréoscopique peuvent servir d’échelle pour estimer une longueur, avec une marge d’incertitude liée à la distance, à l’angle et à la turbidité. Les données gagnent en valeur lorsqu’elles sont associées à l’heure, aux coordonnées, à la profondeur et aux conditions de mer. C’est ce croisement qui transforme une belle image en observation scientifique exploitable.
| Capteur embarqué | Information recueillie | Production obtenue | Utilité pour les requins |
|---|---|---|---|
| Caméra vidéo ou stéréo | Présence, comportement visible, taille estimée | Séquences horodatées, parfois mesures par stéréovision | Observer un passage, une alimentation, un repos ou l’usage d’un abri |
| Sonde CTD et capteurs associés | Température, salinité, profondeur ; parfois oxygène dissous selon l’équipement | Profil physique de la masse d’eau | Comparer les observations entre saisons ou masses d’eau |
| Sonar multifaisceaux | Relief, pente et profondeur du fond | Carte bathymétrique en mètres | Décrire un récif, un canyon, un banc sableux ou une rupture de pente autour des observations |
| Sonar latéral | Image acoustique et nature apparente du fond | Mosaïque de rétrodiffusion | Repérer des structures, des objets et des variations de substrat ; à compléter par des données bathymétriques pour mesurer le relief |
| Hydrophone adapté | Sons et niveaux acoustiques selon un protocole | Enregistrements et analyses acoustiques | Étudier séparément l’ambiance sonore ou des sources de bruit, sans la confondre avec l’imagerie |
Les résultats dépendent du capteur, de son étalonnage, de la profondeur, de la visibilité et du protocole de positionnement.
Observer sans déranger inutilement
Dire qu’un drone est non intrusif serait trompeur. Il évite souvent les manipulations physiques, mais un requin peut réagir aux projecteurs, au bruit des propulseurs, aux bulles éventuelles, au câble ou à une poursuite trop insistante. La réaction dépend de l’espèce, de sa taille, de la clarté de l’eau, du site et du comportement observé. Il n’existe donc pas de distance minimale universelle valable pour tous les requins. Le protocole doit fixer une règle simple : ne pas bloquer la route de l’animal et interrompre l’approche au premier signe d’évitement.
- Trajectoire répétable — Programmez des transects identiques, à vitesse et altitude comparables, afin de distinguer un changement réel d’un simple effet de méthode.
- Éclairage maîtrisé — Utilisez seulement la puissance nécessaire à l’identification et évitez d’éclairer longuement un animal immobile ou abrité.
- Approche latérale — Laissez une issue au requin et ne le poursuivez pas pour obtenir une image spectaculaire.
- Temps de présence limité — Réduisez les passages successifs sur une même zone, surtout près d’un site de repos, d’alimentation ou de reproduction supposé.
- Données de contexte — Notez courant, houle, visibilité, heure et réglages du véhicule : ces facteurs conditionnent autant la détection que l’abondance observée.
Du terrain à une carte d’habitat
La technologie ne remplace pas la méthode. Pour savoir si un requin fréquente réellement une zone, les équipes doivent distinguer une rencontre ponctuelle d’un usage régulier du milieu. Elles superposent les observations aux cartes de profondeur, aux pentes, aux fonds rocheux ou meubles, à la température et, si le protocole le prévoit, aux courants. Cette analyse peut révéler qu’un animal apparaît plus souvent à la lisière d’un récif, le long d’une rupture de pente ou dans une baie abritée. Elle ne permet pas automatiquement d’expliquer pourquoi : la corrélation doit être testée sur plusieurs sorties et plusieurs saisons.
Construire une campagne exploitable
- Formuler une question précise
Définissez l’objectif avant le départ : rechercher des juvéniles, caractériser un fond fréquenté, comparer deux saisons ou vérifier une zone signalée. Une mission qui cherche « des requins » sans critère de comparaison produit rarement une conclusion solide.
- Choisir les capteurs adaptés
Associez la vidéo à une échelle de taille si les mensurations comptent, la sonde CTD si les conditions d’eau sont centrales, et le multifaisceaux si le relief doit être mesuré. N’attribuez jamais à un capteur une mesure qu’il ne produit pas.
- Standardiser les passages
Conservez autant que possible la même hauteur au-dessus du fond, la même vitesse, les mêmes réglages d’image et les mêmes heures de marée ou créneaux saisonniers. Documentez les écarts imposés par la météo, le courant ou la sécurité.
- Vérifier les identifications
Faites relire les images ambiguës par des spécialistes et classez le niveau de certitude. Une silhouette lointaine ou une eau trouble peut justifier la catégorie « requin non identifié », plutôt qu’une attribution hasardeuse à une espèce.
- Archiver et croiser les résultats
Conservez les vidéos brutes, métadonnées, traces de navigation et fichiers de capteurs. Croisez-les avec les suivis existants, les signalements encadrés et les cartes marines pour que d’autres équipes puissent contrôler ou réutiliser l’observation.
Les données peuvent ensuite aider à hiérarchiser des secteurs à surveiller, à préparer une étude plus lourde ou à suivre l’effet d’une mesure de gestion. Prudence, toutefois : voir des petits requins une fois ne suffit pas à qualifier une zone de nurserie. Les biologistes recherchent des indices répétés dans le temps, une proportion notable de jeunes individus, une fréquentation plus élevée que dans les zones voisines et un retour d’une année à l’autre. Les drones apportent une pièce du dossier, pas le verdict à eux seuls.
Les limites à connaître
Les images sous-marines ont des angles morts. La turbidité réduit fortement la portée d’une caméra ; la lumière disparaît progressivement avec la profondeur ; un fond complexe masque des animaux ; un requin hors champ reste indétectable. Une absence sur une vidéo ne démontre donc pas une absence dans la zone. Les sonars peuvent étendre l’observation dans une eau trouble, mais l’interprétation d’une cible demande de l’expérience et une validation. Enfin, la position d’un véhicule n’est pas toujours celle de l’animal : sans repère précis, la localisation d’un requin reste une estimation.
- Détection n’est pas abondance — Compter les requins vus ne permet pas automatiquement d’estimer une population, car la probabilité de les détecter varie selon l’eau, le matériel et leur comportement.
- Identification n’est pas certitude — Certaines espèces proches se distinguent mal sur une image oblique ou sombre ; mieux vaut déclarer un doute que créer une donnée erronée.
- Relation n’est pas causalité — Une température ou un type de fond associé à une observation ne prouve pas qu’il explique à lui seul la présence du requin.
- Pressions locales — Documentez visuellement les engins de pêche perdus, les déchets et la dégradation du fond lorsqu’ils entrent dans le protocole autorisé. Le bruit ambiant doit être mesuré séparément avec un hydrophone adapté et un protocole acoustique.
- Autonomie n’est pas sécurité — Courant, perte de communication, emmêlement du câble et météo peuvent interrompre une mission ou fausser la couverture prévue.
En France, un cadre à respecter
Filmer sous l’eau ne donne pas un droit d’accès général à tous les sites. En France, une mission peut être soumise aux règles de navigation, aux prescriptions d’un port, aux conditions d’accès d’une aire marine protégée ou aux consignes du gestionnaire d’une réserve, d’un parc national ou d’un parc naturel marin. Certaines espèces marines sont protégées et le dérangement intentionnel peut être interdit. Le cadre varie selon le lieu, l’espèce, le matériel utilisé, la nature scientifique ou professionnelle du projet et l’éventuel prélèvement. Il faut vérifier les règles locales avant de mettre un véhicule à l’eau.
- Identifier le gestionnaire — Repérez le statut du site : parc national, réserve naturelle, parc naturel marin, zone Natura 2000 ou espace portuaire peuvent imposer des règles distinctes.
- Préparer la sécurité maritime — Vérifiez météo, courant, trafic, zone de mise à l’eau, moyens de communication et plan de récupération du véhicule avec le responsable du navire.
- Éviter le dérangement — Ne poursuivez pas un requin, ne l’attirez pas avec un appât sans cadre adapté et ne tentez ni contact ni manipulation.
- Déclarer les incidents — Si le câble accroche un engin, si l’appareil est perdu ou si un animal paraît perturbé, stoppez l’opération et appliquez la procédure prévue par l’équipe ou le gestionnaire.
- Partager utilement les données — Transmettez les observations vérifiées aux programmes ou organismes compétents plutôt que de publier la localisation exacte d’un site sensible.
Faire de la technologie un outil de protection
Bien employé, le drone sous-marin transforme une question vague — « où sont les requins ? » — en données comparables : à quelle profondeur, au-dessus de quel fond, dans quelles conditions et à quelle période. Ces informations peuvent orienter la surveillance d’un habitat fragile, le tracé d’une zone d’étude, l’évaluation d’un chantier maritime ou la discussion autour de mesures saisonnières. Elles sont d’autant plus utiles qu’elles sont partagées avec une méthode claire. Une vidéo isolée suscite l’intérêt ; une série d’observations documentées peut éclairer une décision de conservation.
Avant de lancer une mission
- Objectif formulé et mesurable
- Site, saison et créneau de marée justifiés
- Capteurs compatibles avec les données attendues
- Règles locales et statut de protection vérifiés
- Trajet, profondeur et durée standardisés
- Distance d’approche et critères d’arrêt définis
- Métadonnées, sauvegardes et validation des images prévues
Questions fréquentes
À quoi sert un drone sous-marin pour étudier les requins ?
Un drone sous-marin peut-il suivre un requin ?
Les drones sous-marins font-ils fuir les requins ?
Quelle différence entre sonar multifaisceaux et sonar latéral ?
Peut-on utiliser un drone sous-marin pour observer les requins en France ?
Les lecteurs se demandent aussi
- ROV et AUV : quelle différence en recherche marine ?
- Comment les scientifiques localisent-ils les nurseries de requins ?
- Quel sonar permet de faire une carte bathymétrique ?
- Les requins sont-ils protégés en France ?
- Comment mesure-t-on le bruit sous-marin ?
- Pourquoi cartographier les habitats marins ?
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