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Photographie infrarouge : créer des clichés surréalistes

Feuillages blancs, ciels d’encre, couleurs impossibles : la photographie infrarouge transforme les scènes familières. Du filtre vissé à l’appareil converti, voici une méthode concrète pour choisir votre matériel, exposer juste et développer vos images sans vous perdre dans le jargon.

Par La rédaction d’Actu People Publié le Mis à jour le 14 min de lecture 2 845 mots

Photographe sur trépied capturant un parc en lumière infrarouge
Le feuillage devient clair sous la lumière proche infrarouge.
Sommaire de l’article

L’essentiel

  • La photo infrarouge proche capte surtout une lumière réfléchie invisible, et non la chaleur des sujets photographiés.
  • Un filtre infrarouge est accessible mais impose souvent un trépied et des poses longues ; un boîtier converti est bien plus fluide.
  • Le soleil direct, le feuillage sain et un ciel bleu offrent les contrastes infrarouges les plus spectaculaires.
  • Une balance des blancs personnalisée et un traitement RAW mesuré comptent autant que le choix du filtre.
  • Les couleurs infrarouges sont interprétées : le noir et blanc reste souvent la voie la plus simple et la plus expressive.

La photographie infrarouge donne des feuillages lumineux et des ciels dramatiques parce qu’elle enregistre une partie du proche infrarouge, une lumière que l’œil ne voit pas. Pour débuter, choisissez soit un filtre à poser devant un objectif et acceptez les poses longues, soit un boîtier converti, plus coûteux mais beaucoup plus simple à utiliser sur le terrain. Le bon réflexe n’est pas de chercher des couleurs « vraies » : c’est d’exploiter un rendu volontairement irréel.

Comprendre ce que l’infrarouge révèle

En photographie artistique, on travaille généralement dans le proche infrarouge, juste après le rouge visible, autour de 700 à 1 000 nanomètres selon le capteur et le filtre. Les capteurs numériques y sont naturellement sensibles, mais les fabricants installent devant eux un filtre coupe-infrarouge, aussi appelé hot mirror, afin de restituer des couleurs normales. C’est cette barrière que contourne un filtre externe très sombre ou qu’enlève un spécialiste lors d’une conversion de boîtier.

Le résultat repose sur la matière autant que sur la lumière. La chlorophylle réfléchit fortement le proche infrarouge : une pelouse saine ou un arbre en plein été peuvent alors devenir blancs ou crème, effet souvent appelé Wood effect. À l’inverse, un ciel bleu sans brume reçoit peu de proche infrarouge réfléchi et s’assombrit. Les pigments, les teintures et certains revêtements réagissent de façon imprévisible : deux tissus noirs peuvent prendre des tons très différents.

Choisir le matériel adapté à votre pratique

Le filtre infrarouge vissé constitue la porte d’entrée la moins chère, à condition de vérifier qu’il existe au diamètre de votre objectif. Il bloque presque toute la lumière visible : vous composez alors au viseur électronique ou en visée écran, sur trépied. La conversion d’un ancien boîtier est plus confortable pour photographier à main levée, mais elle le dédie en pratique à l’infrarouge et doit être confiée à un atelier compétent.

Filtre externe ou boîtier converti ?

Le choix dépend moins de votre niveau que du temps de pose que vous acceptez et de la fréquence de vos sorties.

Option A

Filtre infrarouge vissé

L’essai accessible

Ce qui plaide pour

  • Préserve votre boîtier et permet d’essayer la technique sans modification permanente.
  • Coût initial limité si vous possédez déjà objectif et trépied.
  • Un seul filtre peut servir sur plusieurs objectifs avec des bagues d’adaptation adaptées.

Ce qui limite

  • Temps de pose fréquemment long, même en plein soleil.
  • Cadrage et mise au point deviennent plus lents, surtout avec un reflex à viseur optique.
  • Risque de fuites de lumière et de dominantes difficiles selon l’objectif.

Option B

Boîtier converti

La solution dédiée

Ce qui plaide pour

  • Vitesses d’obturation proches de la photo ordinaire avec une conversion bien choisie.
  • Visée, autofocus et spontanéité nettement plus agréables pour les scènes mobiles.
  • Rendu plus régulier, sans filtre noir à visser devant l’objectif.

Ce qui limite

  • Investissement supérieur et appareil peu pratique pour la couleur classique.
  • Compatibilité des objectifs et calibration autofocus à contrôler avant la conversion.
  • Revente plus spécifique qu’un boîtier non modifié.

Notre arbitrage Testez d’abord avec un filtre sur un appareil dont la sensibilité résiduelle est correcte. Si vous aimez réellement cette écriture visuelle, faites convertir un second boîtier plutôt que votre appareil principal. Pour les paysages posés, le filtre suffit ; pour les voyages, portraits ou reportages, la conversion change l’expérience.

Quel seuil infrarouge choisir pour une première série
Filtre ou conversionRendu habituelUsage conseilléPoint de vigilance
590 nm environDavantage de couleurs visibles mêlées à l’infrarougeFausses couleurs créativesBalance des blancs et retouche plus délicates
720 nm environForts contrastes, noir et blanc ou couleurs interprétéesPremier projet polyvalentLes teintes dépendent beaucoup du boîtier
830 nm environImage presque monochrome, ciel très densePaysage graphique noir et blancPeu de marge pour les couleurs

Les dénominations commerciales et les courbes de transmission varient légèrement selon les fabricants : considérez ces seuils comme des familles de rendu.

Préparer votre première sortie

Pour une première photo infrarouge réussie, sortez par une journée lumineuse entre la fin du printemps et le début de l’automne. Recherchez une végétation dense, un ciel bleu et quelques nuages : ce trio produit immédiatement une séparation lisible entre feuillage clair et ciel sombre. En hiver français, les arbres sans feuilles et la lumière plus basse limitent l’effet, mais l’architecture, les berges et les graphismes urbains restent de bons sujets.

Première séance infrarouge en six gestes

  1. Tester le boîtier

    Pointez une télécommande de télévision vers l’objectif en visée écran : une diode qui clignote indique une sensibilité résiduelle. Ce test est seulement indicatif ; il ne prédit ni le temps de pose ni les dominantes obtenues avec un filtre.

  2. Repérer un contraste fort

    Choisissez un parc, un jardin, une allée d’arbres ou une rive végétalisée. Évitez la brume épaisse et les feuillages desséchés : ils réduisent souvent l’écart entre le ciel, le sol et les plantes.

  3. Installer sans fuite

    Vissez le filtre proprement, masquez si nécessaire les entrées de lumière autour d’un viseur optique et fixez l’appareil sur trépied. Désactivez la stabilisation lorsque le fabricant de votre objectif le recommande sur support fixe.

  4. Créer une balance personnalisée

    Photographiez une herbe verte éclairée par le soleil et utilisez cette image comme référence de balance des blancs si votre appareil l’accepte. Avec un boîtier non converti, cette opération peut être limitée : prévoyez alors de la finaliser sur le fichier RAW.

  5. Faire la mise au point

    Cadrez et faites le point avant de poser un filtre noir si la visée devient opaque. Vérifiez l’image agrandie. Certains objectifs décalent la mise au point en infrarouge, surtout à grande ouverture : fermez légèrement et testez plusieurs distances.

  6. Encadrer les expositions

    Réalisez au moins trois images : l’exposition mesurée, une plus claire et une plus sombre. Contrôlez l’histogramme plutôt que l’aperçu, souvent trompeur avec ses dominantes rouge-brun ou magenta.

Régler l’exposition et la netteté

Il n’existe pas de réglage universel, car la quantité d’infrarouge transmise dépend du capteur, de l’objectif, du filtre et du soleil. Avec un boîtier converti, partez des réglages habituels en lumière du jour. Avec un filtre externe, commencez en mode manuel, à faible sensibilité, puis laissez l’histogramme décider. Photographiez impérativement en RAW : le JPEG fige une balance des blancs souvent extrême et réduit fortement votre marge de développement.

Réglages de départ à adapter sur le terrain
ConfigurationPoint de départCe que vous contrôlezCorrection utile
Boîtier converti, soleil directISO 100, f/5,6 à f/8, 1/125 à 1/500 sHautes lumières du feuillageRaccourcir la vitesse si les blancs saturent
Filtre externe, soleil directISO 100, f/8, 2 à 30 sNetteté sur trépied et histogrammeAllonger ou raccourcir par paliers d’un stop
Ciel couvert ou sous-boisISO 100 à 400, f/5,6 à f/8Bougé des branches et bruit numériquePréférer le trépied ou reporter la scène
Paysage très contrastéBracketing de 3 images ou plusCiel préservé et détails d’ombreRéduire l’exposition avant de relever les ombres au développement

Ordres de grandeur pour une lumière estivale française. La transmission du filtre et la sensibilité de chaque boîtier peuvent modifier fortement ces valeurs.

Fermer à f/8 apporte souvent une profondeur de champ rassurante, mais pousser systématiquement à f/16 peut ramollir l’image par diffraction, surtout sur les capteurs denses. Cherchez plutôt l’ouverture où votre objectif est net et où le décalage de focus reste tolérable, souvent entre f/5,6 et f/11. Si des branches bougent pendant une pose longue, elles deviendront floues : faites-en un choix graphique, pas un accident.

Composer des scènes qui fonctionnent

L’infrarouge n’améliore pas automatiquement une scène banale. Il simplifie les masses et modifie les valeurs : composez donc d’abord en noir et blanc, même si vous envisagez des fausses couleurs. Une ligne d’arbres claire devant un ciel profond, un plan d’eau sombre ou une façade minérale crée une lecture immédiate. À l’inverse, un paysage uniformément vert sous un ciel blanc et brumeux donnera souvent une image plate.

  • Feuillage en santé, cherchez des feuilles éclairées, plutôt que des pelouses jaunies ou des branches nues.
  • Ciel bleu dégagé, il devient volontiers sombre et fait ressortir les nuages, sans être noir dans toutes les conditions.
  • Eau et surfaces humides, elles apparaissent souvent foncées et renforcent les silhouettes lumineuses des rives.
  • Architecture claire, pierre, béton et métal offrent des structures stables quand le feuillage sert de contrepoint.
  • Portrait préparé, testez vêtements et maquillage, car les tissus et la peau changent de rendu sans prévenir.
  • Brume dosée, une légère humidité peut être poétique, mais une forte brume efface le contraste infrarouge.

Prévoir les surprises de couleur

Les couleurs obtenues ne correspondent pas à une cartographie scientifique des matières. Elles proviennent du mélange de lumière visible restante, d’infrarouge, du capteur et du traitement. Un ciel peut finir bleu, brun, cyan ou presque noir ; les feuillages peuvent être blancs, jaunes ou roses. Cette variabilité est une force créative. Photographiez une même scène avec plusieurs filtres si vous voulez bâtir une série cohérente plutôt qu’une simple image spectaculaire.

Développer un fichier infrarouge convaincant

La retouche ne sert pas à masquer une prise de vue faible : elle permet de traduire les données inhabituelles enregistrées par le capteur. Commencez toujours par une version noir et blanc. Elle vous oblige à régler les contrastes et les matières sans être distrait par des teintes instables. Si l’image fonctionne ainsi, vous pourrez ensuite tenter une version en fausses couleurs, plus longue à équilibrer mais souvent très expressive.

Flux de post-traitement simple et réversible

  1. Conserver le RAW original

    Dupliquez le fichier dans votre catalogue et gardez une version de développement réversible. Les traitements infrarouges demandent souvent plusieurs essais de balance des blancs : évitez de n’enregistrer qu’un JPEG final impossible à reprendre proprement.

  2. Régler la balance des blancs

    Refroidissez fortement l’image et utilisez le feuillage comme point de départ si votre logiciel autorise une plage étendue. Cherchez un rendu neutre ou volontairement créatif, sans croire qu’il existe une température de couleur « correcte ».

  3. Corriger les défauts optiques

    Appliquez les corrections de vignettage, de poussières et, si elles fonctionnent avec votre fichier, de distorsion. Contrôlez les coins à 100 % : certains objectifs créent en infrarouge un halo central ou un point lumineux, appelé hot spot.

  4. Construire les valeurs

    Ajustez l’exposition globale, baissez les hautes lumières si les feuilles sont écrêtées et ouvrez les ombres avec retenue. Un contraste local modéré révèle les nuages et les textures sans transformer le ciel en aplat artificiel.

  5. Choisir noir et blanc ou couleur

    En noir et blanc, pilotez les luminances par couleur pour séparer ciel et feuillage. En fausses couleurs, essayez un échange des canaux rouge et bleu uniquement si votre image le justifie : ce geste fréquent n’est ni obligatoire ni magique.

  6. Exporter avec mesure

    Accentuez après avoir choisi la taille de sortie. Pour le web, vérifiez les halos autour des branches ; pour un tirage, faites un essai sur papier avant de pousser les blancs, qui peuvent sembler plus doux à l’écran qu’une fois imprimés.

Le hot spot est l’un des défauts les plus frustrants : une zone claire, parfois colorée, apparaît au centre d’une image pourtant correctement exposée. Il vient le plus souvent de l’objectif, de ses traitements internes et de sa réaction au proche infrarouge, pas d’une erreur de votre part. Cherchez des retours portant sur votre couple objectif-boîtier converti, ou photographiez un ciel uniforme à plusieurs ouvertures avant d’acheter un objectif pour cet usage.

Respecter les lieux et finaliser votre projet

La prise de vue infrarouge passive n’exige pas d’autorisation particulière en France : vous ne diffusez aucun rayonnement, vous enregistrez la lumière ambiante. Les règles ordinaires de photographie restent cependant valables. Dans un jardin privé, un musée, un festival ou une propriété ouverte au public, le gestionnaire peut fixer des conditions de prise de vue. Pour publier des personnes reconnaissables, examinez le contexte, l’usage prévu et le respect de leur droit à l’image.

Avant de partir photographier

  • Le filtre correspond bien au diamètre de l’objectif ou une bague adaptée est prévue.
  • La batterie est chargée : la visée écran et les poses longues consomment davantage.
  • Un trépied stable, un déclencheur retardé ou une télécommande limitent le bougé.
  • Un test de netteté infrarouge a été réalisé avec l’objectif choisi.
  • Le format RAW est activé et une carte mémoire offre de la marge pour le bracketing.
  • Les règles du lieu et les personnes susceptibles d’être reconnaissables ont été anticipées.

Questions fréquentes

Comment faire de la photographie infrarouge avec un appareil photo normal ?
Utilisez un filtre passe-infrarouge devant l’objectif, un trépied et le format RAW. Votre appareil doit conserver un peu de sensibilité au proche infrarouge malgré son filtre interne, ce qui varie beaucoup selon les modèles. En plein soleil, les poses peuvent aller de quelques secondes à plusieurs dizaines de secondes. Cadrez et faites la mise au point avant de visser le filtre si la visée devient presque noire.
Quel filtre infrarouge choisir pour débuter ?
Un filtre autour de 720 nm est le choix le plus polyvalent pour débuter. Il permet un noir et blanc contrasté et laisse la possibilité d’essayer des fausses couleurs en post-traitement. Un filtre autour de 830 nm privilégie le noir et blanc, tandis qu’un modèle autour de 590 nm conserve plus de couleurs visibles mais demande une retouche plus délicate. Vérifiez surtout son diamètre et la compatibilité de votre objectif.
Pourquoi les arbres deviennent-ils blancs en photo infrarouge ?
Les feuilles riches en chlorophylle réfléchissent fortement le proche infrarouge lorsqu’elles sont éclairées par le soleil. Le capteur traduit alors cette forte réflexion par des tons très clairs, blancs ou crème selon la balance des blancs et le traitement. L’effet est plus marqué sur une végétation saine et dense, en période de croissance, que sur des feuilles sèches, des arbres nus ou une scène fortement brumeuse.
Peut-on faire des photos infrarouges avec un smartphone ?
C’est rarement satisfaisant avec un smartphone standard. Son capteur possède lui aussi un filtre coupe-infrarouge, et l’application photo contrôle fortement l’exposition, la balance des blancs et la réduction de bruit. Un filtre infrarouge posé devant l’objectif du téléphone produit souvent une image trop sombre ou inutilisable. Un appareil hybride, reflex ou compact expert offrant le RAW et le mode manuel donne une marge de manœuvre bien supérieure.
Comment retoucher une photo infrarouge en noir et blanc ?
Développez d’abord le fichier RAW avec une balance des blancs qui limite la dominante rouge ou magenta, puis passez en noir et blanc. Réglez séparément la luminosité des couleurs : assombrissez généralement les bleus pour densifier le ciel et éclaircissez les jaunes ou les verts pour faire ressortir le feuillage. Récupérez les hautes lumières avant d’augmenter le contraste. Évitez un microcontraste excessif, qui crée vite des halos autour des branches.
La photographie infrarouge est-elle dangereuse ?
La photographie infrarouge passive ne présente pas de danger particulier : l’appareil enregistre une partie de la lumière ambiante, il n’émet pas d’infrarouge vers le sujet. Protégez-vous néanmoins du soleil comme lors de toute sortie estivale, surtout lors de longues séances sur trépied. N’utilisez pas d’illuminateur infrarouge puissant ou de source laser sans connaître précisément ses conditions de sécurité et sa conformité.

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Organismes de référence sur ce sujet

  • Service-Public.fr www.service-public.fr
  • Légifrance www.legifrance.gouv.fr

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